Population
Les Réunionnais
À la Réunion, le mot « créole" prend tout son sens : la population réunionnaise, dont les origines sont pourtant diverses, s'est modelé une identité assez homogène, construite peu à peu à partir des différences de chacun mais autour d'un passé commun.
Être Créole
Véritable melting-pot, l' île regroupe toutes les couleurs de peau. Le métissage a gommé l'opposition entre Blancs et Noirs qui peut parfois exister aux Antilles : ici, nul racisme « anti-Zoreil » ( métropolitain ), et pratiquement aucune tension raciale, même si chaque communauté a tendance à vivre sur elle-même. Quelle que soit l'origine de ses ancêtres ( marins bretons, esclaves africains ou paysans indiens ), être créole, c'est avant tout manger créole, parler créole, habiter créole...
Mais au-delà des clichés multiraciaux, chaque groupe ethnique occupe en réalité une place sociale bien définie. Si la cohabitation est admirable, le poids du système colonialiste est encore présent et compartimente la société : en témoignent la difficulté rencontrée par les Cafres ( ou Kafs en créole, c'est-à-dire les Réunionnais noirs descendants d'esclaves africains ) pour trouver leur place au sein de la société réunionnaise et, tout au bas de l'échelle, le racisme dont les récents « immigrés » mahorais et comoriens font aujourd'hui les frais.
Gros Blancs,
Petits Blancs et Cafres
Issue des premiers habitants de l' île, les créoles représentent environ les deux tiers de la population, sont généralement catholiques pratiquants et se répartissent en groupes distincts : les « Gros Blancs », descendants des colons riches ( notables, gros planteurs, aristocratie locale ), qui sont très minoritaires mais gardent une certaine influence dans la vie politico-économique de l' île ; les « Petits Blancs », qui forment une classe rurale populaire essentiellement présente dans les Hauts ; et les Réunionnais noirs, appelés Cafres ( de l'arabe kafir, infidèle, c'est-à-dire non musulman, dénomination utilisée par les anciens géographes pour désigner certains peuples africains ), qui descendent des esclaves d'Afrique et de Madagascar et constituent la motié de la population de l' île. Entre blanc et noir, les peaux créoles incarnent toutes les nuances de la palette du métissage.
Les Malbars
Les Malbars sont les descendants des Indiens de religion hindoue venus principalement dans la seconde moitié du XIXe s. comme « engagés » sur les plantations de canne. Ils représentent environ 20 % de la population. Le terme est parfois perçu de façon péjorative et prête un peu à confusion puisque la plupart des Malbars réunionnais ne sont pas originaires de la côte de Malabar du sud-ouest de l'Inde, mais sont des Tamouls de la région de Madras.
Les Zarabes
Les Zarabes représentent environ 4 % de la population et descendent des Indiens musulmans, principalement originaires du Gujarat, au nord de Bombay, arrivés au début du XIXe s. comme tailleurs ou négociants en tissus. Très entreprenants mais disrets, ils détiennent environ 40 % de l'économie réunionnaise.
Les Chinois
Les Chinois représentent environ 3 % de la population.
Arrivés comme travailleurs agricoles, artisans ou petits commerçants, les Chinois sont issus pour la plupart de deux vagues d'immigration ( de 1860 à 1870, puis de 1910 à 1920 ), principalement en provenance des régions de Canton et de Mou-Yen.
Par leur labeur et leur sens de la solidarité communautaire, ils ont rapidement monopolisé les petits commerces de proximité, à tel point que la « boutique chinois » est devenue une institution créole incontournable autour de laquelle se déroule la vie du quartier, malgré la concurrence des grandes surfaces.
Les « Zoreils »
Gentiment moqueur, le terme « Zoreils » désigne les métropolitains installés à la Réunion. Peut-être parce que les nouveaux arrivants sont obligés de tendre l'oreille pour comprendre leurs premiers mots de créole ?
Les « Zoreils » représentent environ 6 % de la population. On les rencontre le plus souvent parmi les cadres ou les fonctionnaires de passage. Toutefois, la crise en métropole, dès les années 1990, a entraîné l'arrivée de toute une catégorie de « Zoreils » désargentés auxquels l' île n'était pas habituée. Certains ont néanmoins décidé de se fixer sur l' île, donnant parfois naissance à de petits « zoréoles » ( métis « zoreil-créole » )
Les dangers de l'assimilation
L' île compte aujourd'hui plus de 763 000 habitants ( estimations 2004 ) et devrait dépâsser le million d'ici 2030. La croissance de la population et de son niveau de vie va inévitablement de pair avec une certaine assimilation au modèle métropolitain.
« Créole », sens pluriel
Le mot « créole » vient de l'espagnol criollo ( serviteur nourri dans la maison ) ; il entre dans la langue française au XVIIe s. sous la forme de criole. Le dictionnaire de Furetière le definit alors ainsi : « Nom que les Espagnols donnent à leurs enfants qui sont nés aux Indes » c'est-à-dire dans la zone Amérique.
Aujourd'hui, le terme désigne toutes les « personnes d'ascendance européenne nées dans les anciennes colonies » ( définition du Petit Larousse ). Mais dans les colonies elles-mêmes, le terme évolue différement. A la Réunion ou aux Seychelles, il s'applique sans distinction à tous natif du pays, même s'il est moins facilement utilisé pour les immigrants les plus récents ( Indiens et Chinois ). D'autres sociétés n'acceptent pas que le même nom qualifie des Blancs, des mulâtres et des Noirs. Ainsi, à Maurice, « créoles » ne désigne que des individus « de couleur » ( Noir ou métis ).
En revanche, en martinique et en Guadeloupe, seuls les Blancs sont appelés créoles : Joséphine de Beau harnais, premiere femme de Napoléon 1er, est la « belle Créole » par exellence.
Quelques chiffres
Les moins de 20 ans représentent sur l' île près de 40 % de la population. D'ici 25 ans, près d'un million de personnes vivront sur moins de 20 % du territoire. A ce titre, la croissance démographique est certainement un des grands soucis de la Réunion du XXIe siècle.
Réunionnais de métropole
Après une groosevague de départs en métropole dans les années 1970-1980, le solde migratoire esr désormais proche de l'équilibre, avec de nombreux retours et de nouvelles arrivées sur l' île. En 1999, 95 000 personnes nées à la Réunion résidaient en métropole principalement à Paris ( plus de 30 % ), en Rhône -Alpes ( 11 % ) et en région PACA ( 9 % ).